La petite grand-mère du bus 89

La grand-mère du métro

L‘autre jour, je suis allée faire un saut à la jardinerie. J’ai une histoire de pots de fleurs à mettre en place (encore) et il fallait que j’achète un peu de terreau. Je me suis lestée de mes 10 litres de terre, j’ai pris quelques plantes aromatiques au passage (un pied de menthe qui va finir en mojito).

A la caisse de droite, il y avait une toute petite grand-mère, avec sa canne et son grand sac cabas. Elle discutait avec la caissière. J’ai pris la caisse de gauche, en les regardant discuter. La petite grand-mère souriait, elle expliquait qu’elle avait trouvé des fleurs très jolies alors qu’elle ne venait pas pour ça. J’ai souri aussi, en l’écoutant. J’ai payé et je suis sortie sous des trombes d’eau. J’ai couru jusqu’à l’arrêt de bus. Sept minutes à patienter, mais aucune envie de marcher jusqu’à l’arrêt suivant. Il pleut trop.

Entre les gouttes, je vois arrivée à son tour la petite grand-mère, avec sa canne et son cabas rempli. Elle me dit « Tiens, encore vous !« . Elle m’a reconnue et me demande le temps d’attente du bus, parce qu’elle ne voit pas. Cinq minutes. Elle m’explique qu’elle va prendre le bus alors, et pas le métro, jusqu’à côté parce qu’à Nation, les couloirs sont trop longs. Elle va jusqu’à Voltaire. Elle habite là-bas. Elle s’est grattée la tempe avec la poignée de sa canne et s’est assise pour attendre. Sans s’arrêter de parler. Elle m’a expliqué que cette jardinerie était mieux fournie en arrosoir que le Leroy Merlin à Beauboug. Qu’il y avait plus de choix de pots de fleurs. Qu’elle venait pour un pot justement et qu’elle avait finalement trouvé deux petites plantes toutes jolies. Elle a de petits yeux bleus malicieux et un grand sourire, encore. Elle insiste vraiment sur les longs couloirs de Nation, pour la correspondance des métros. Un jour, elle trouvait ça tellement long, qu’elle a voulu mesurer avec un podomètre. Il y a 249 mètres. Avec sa canne et comme elle a du mal à marcher, elle met trop de temps par le métro. Alors elle préfère le bus. Il y a moins de couloirs, moins de marches. Et il y a les chauffeurs de bus, avec qui elle discute un petit peu.

Le bus arrive, on avance tranquillement jusqu’à la porte et on grimpe ensemble. Elle adresse un énième sourire au conducteur. Elle valide sa carte de transport et s’installe à côté de moi. Elle continue de me parler. Elle aime le jardinage et aime les gens qui aiment le jardinage. Elle m’aime bien. Elle a un petit appartement en rez-de-chaussée avec un grand balcon et une petite terrasse. Elle a installé beaucoup d’arbustes sur la terrasse et plein de pots de fleurs sur le balcon. Elle passe le balai sur la terrasse toutes les semaines. Avec l’arrivée prochaine de l’automne, elle devrait le faire tous les jours. C’est du travail le jardinage, mais elle aime ça. Le bus arrive au jardin des plantes. On descend toutes les deux dans la pluie pour prendre un autre bus.

La petite grand-mère du bus 89

Sous l’abribus, les gens sont entassés. La toute petite grand-mère se faufile un chemin et va s’installer à l’abris, sur le banc. Elle me regarde, sous la pluie. Elle engueule les gens qui ne se tassent pas, pour que tout le monde puisse être au sec. Elle insiste. Un monsieur râle, finit par ouvrir son parapluie et laisser sa place sous l’abribus. Elle me regarde me faufiler à côté d’elle et me glisse en souriant « Vous voyez, y’a de la place pour tout le monde !« . Le bus arrive et on grimpe de nouveau. Elle s’installe en face de mot et commence déjà à discuter avec une autre petite grand-mère, toujours le sourire aux lèvres. Elle a de petites rides au coin des yeux, des cheveux courts et une alliance toute fine à la main gauche. Elle s’appuie sur sa canne quand elle parle. Elle regarde les gens avec bienveillance. Quand elle arrivée à son arrêt, je l’ai aidée à descendre parce que la marche était haute. Elle m’a souhaitée une bonne journée, avec son beau sourire, son regard bienveillant, sa canne et son grand sac cabas.

Avec cette rencontre, la journée commençait effectivement bien…

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