Catherinette

Aujourd’hui c’est la Sainte Catherine. Aujourd’hui je fête mes 25 ans. Je cherche mon chapeau jaune et vert. Mais non, la coutume se perd un peu et je ne travaille pas dans une maison de haute couture. Les Catherinettes sont les jeunes filles de 25 ans, non encore mariées. Depuis le Moyen-Âge, les Catherinettes priaient Sainte Catherine de leur donner un bon mari en déposer sur les statues de la sainte des chapeaux jaunes et verts.

A mon âge, ma grand-mère n’était pas mariée. Elle correspondait assidument avec une jeune fille de son âge, une américaine de Boston. Et ce depuis ses 14 ans. Ces lettres, cette américaine prénommée Barbara les a conservées précieusement et me les a remises la dernière fois que je l’ai vue. En les lisant au fur et à mesure, j’ai trouvé une lettre dans laquelle ma grand-mère raconte son 25 novembre de Catherinette.

Lettres de ma grand-mère

J’ai à vous parler maintenant du 25 novembre. C’est la Ste Catherine. Ce jour-là, c’est la fête des jeunes filles et en particulier des jeunes filles de 25 ans, que l’on coiffe d’un bonnet avec des rubans jaune et vert. C’est une coutume, et on appelle cela « coiffer Ste Catherine ». Il y a un service à l’Eglise et l’après-midi toutes les Catherinettes sont fêtées et les maisons de couture surtout, font des petites réunions dansantes.

A mon bureau, tout le monde a été très gentil. A 5 heures de l’après-midi, le travail a été arrêté, et j’ai été appelée dans la salle des réunions, où une table avait été préparée, avec des gâteaux et du vin. Sous chaque verre était un napperon en papier vert et jaune. Au milieu de la table une splendide corbeille d’oeillets et de lilas.

Ensuite un de mes collègues m’a posé un immense bonnet sur la tête, m’a donné les fleurs et on m’a offert un très bel album en cuir pour mettre mes photos de vacances. Ensuite nous avons goûté et après dansé. Tous m’ont souhaité un mari pour bientôt.

Lettre sur les Catherinettes

Cette lettre date de 1946. Deux petits morceaux de rubans vert et jaune sont glissés dans l’enveloppe. Une douce écriture qui a traversé les années pour me lier à ma grand-mère et à son histoire…

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Les clémentines

Les clémentines colorent à nouveau les étales du marché. J’aime leur couleur orangée. Mais par-dessus tout, j’aime la clémentine parce qu’elle est un peu ma madeleine de Proust. La clémentine, ça sent Noël qui approche, donc fondamentalement mon anniversaire qui se cale un mois avant. Ça sent les cadeaux. Ça sent la famille. Ça sent le partage à la récré des précieux quartiers de clémentine. Ça sent les goûters après l’école avec maman qui boit son thé, le pain d’épices. Ça sent le froid qui picote le bout du nez. Ça sent les souvenirs d’enfance. Et surtout, ça sent mon grand-père…

Compotier rempli de clémentines

Quand elle était petite, mon grand-père a appris à ma mère à déguster les clémentines d’une manière bien particulière. Il faut d’abord inciser l’écorce de la clémentine dans l’épaisseur, sans couper les quartiers. Délicatement donc. Puis il faut glisser l’ongle sous l’écorce, pour la décoller des quartiers. Doucement donc. Ensuite, il faut dégager les quartiers un à un, sans abîmer ni percer l’écorce. Petit à petit donc. Alors, il faut préserver au maximum les filaments centraux de l’écorce, pour obtenir une coque de clémentine avec des filaments, une sans que l’on découpe comme une citrouille. Simplement donc. Finalement, il faut verser un peu d’huile dans le fond de la coque à filaments et on allume la mèche. Et on mange les quartiers de clémentine avec les yeux ébahis d’un petit enfant. Ma mère a appris cela et me l’a appris à son tour.

Clémentine transformée en citrouille

De puis, je ne sais quasiment plus manger une clémentine sans la transformer en citrouille et sentir l’odeur d’agrumes embaumer peu à peu la pièce. Ni sans avoir une pensée pour mon grand-père…

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